Ton Paris

Quatre à quatre, tu descends les escaliers, poussée par une force intérieure.
Une fois dans la rue Saint-Jacques, l’odeur de la circulation te saisit.
Les fruits qui ne sont pas de saison et qui envahissent les étals côtoyant les chinoiseries attrape-touristes te font lever les yeux au ciel.
Bleu.

Le rayon de soleil qui se pose sur tes paupières fermées t’emporte loin de la ville.
Une valise trop lourde qui glisse sur les pavés te ramène de ta rêverie.
Tu passes devant la brasserie, du coin de la rue Dante, où tu as régulièrement rendez-vous avec Amélie.
A Paris où tout semble pressé, tu prends le temps d’un café.
Pause.

Paris guide tes pas.
Les toits côtoient le ciel ce jour-là.
Dans la vitrine du salon de thé Bertrand’s, les meringues françaises, aux couleurs de poupées, semblent être trop grosses pour être mangées.
Il n’y a que Paris qui ressemble à Paris.
Rêveries.

Tu traverses le square Viviani, qui a l’allure d’un jardinet abrité, ayant l’avantage de cacher un nuage grouillant de touristes, à quelques pas.
Tu les sais surveillés par les gargouilles de Notre Dame qui sont justement en train de se moquer des Quasimodo ambulants.
Sourire.

 

Au coin du pont au Double l’odeur de café et des paninis se mélange étrangement créant un parfum qui n’existait pas jusque là.
Tu t’assoies sur un banc et tu es au cinéma.
Ici, la poésie urbaine côtoie les clichés parisiens.
En quelques secondes, tu entends l’Anglais britannique et l’Anglais américain, que tu distingues parfaitement.
Mais aussi le Russe, le Chinois, le Marseillais et d’autres langues que tu ne sais pas nommer.
Voyage.

Paris est un tableau en vie, en mouvement permanent, qu’aucun des meilleurs peintres de rue ne saurait reproduire.
Une musique berce tes pas comme dans une comédie romantique.
Il y a les arbres en fleurs qui tombent en grappes comme la robe d’un couturier.
Il y a tes pieds qui s’inventent un chemin, qu’aucun guide n’aurait pu te conseiller.
Il y a les premières jambes blanches qui se dévoilent et se moquent de leur teint de bidet qui sera vite oublié.
Des Allemands !

A quelques pas, surplombant la scène, tu croises une petite fille à la blouse parsemée de minis Tour Eiffel.
Tu penses à ta fille qui t’a montré la dame de fer dans son immense imagier. Elle t’a dit qu’elle voulait la rencontrer.
Tout Paris te ramène à elle.
Tu y croises ses grand yeux noirs qui dévorent les nouveautés et ont soif de curiosité.
Manque.

Tu fermes les tiens et avales les rayons de soleil.
Tu les entrouvres à nouveau.
Tu le vois, enfin.
Il ajoute quelques mots bateau au dos des cartes postales qui ont déjà tout dit.
Comment peut-on être banal en parlant de Paris ?
Est-ce que tout a déjà été écrit ?
Philosophie.

A Paris, on peut s’inventer une nouvelle vie.
S’assoir et contempler.
Ne rien attendre.
Ne pas penser à lui.
Ne pas t’imaginer à ses côtés.
S’il avait voulu te rejoindre, il lui aurait suffit de monter dans ce train.
Éclipse.

Tu imagines qu’il a regardé les wagons défiler sans se décider.
Tu ne veux pas passer ta vie à contempler le train passer.
Tu veux être en mouvement.
Tu veux monter ou descendre quand bon te semble.
Tu veux saisir les éclats de vie.
Tu veux écrire ton trajet improvisé.
Vivre.

Tu peux laisser partir son rire, désormais fané, que tu perçois dans cette rue bourdonnante.
Où seule la musique de sa voix résonne au milieu de ce tourbillon polyglotte.
Tu danses.
Dernière danse.

Tu marches d’un pas décidé. Il est l’heure de rentrer.
Tu croises cette vieille dame, aux cheveux gris, qui avance d’un pas franc et lent appuyée sur un déambulateur.
Elle s’arrête avant de rentrer dans le square où tu es déjà passée.
Elle te percute du regard, arrêtant le flot de tes pensées.
Avant de te souffler de sa voix éteinte « Ne courrez pas trop vite ».
Bienveillante. Frappante. Elle a tout résumé.
Courir.
Mais pas trop vite.

Article écrit pendant un atelier d’écriture que je vis en ce moment à Paris. Il est brut, il manque de travail et de temps passé dessus mais j’avais comme une urgence à le poster !

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6 comments

  1. Elsa says:

    J’ai l’impression que tu fais revivre le Paris poétique tel Baudellaire, que tu y trouves de la poésie dans ce qu’elle est devenue…
    Très beau texte, je m’y crois.

  2. Anne-Sophie Patard says:

    J’adore, bravo pour ce texte!
    Après 6 années à vivre à Paris et n’avoir qu’une envie, partir vivre en province (ce que je fais depuis un an à Nantes et que je ne regrette pas!), tu réussis à me rendre très très nostalgique de Paris qui reste une ville magique et magnifique…

    • julycocoon says:

      Merci ! Je ne vois Paris qu’avec des yeux neufs et où s’invitent la poésie… mais tu auras les mêmes sûrement maintenant que tu n’y vis plus !

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