La naissance d’Harry #5 la poussée

(Épisodes #1 #2 #3 #4) 6h, j’ai mal, je bippe pour qu’elle vienne comme promis. J’aimerais tenter une poussée avant la poussée. Elle me demande pourquoi j’appelle. Je lui dis qu’on s’était dit 6h, que j’ai mal. Il est trop tard pour remettre de la péri, il vaut mieux sentir la poussée, je suis d’accord. Elle me dit que comme convenu, on va s’installer et que le gynéco attend dans le bureau. Mais je sens qu’il va venir… En tout cas, l’idée est de commencer sans lui. Elle installe tout et une auxiliaire arrive. Elle est douce et discrète mais c’est trop tard pour créer des liens. Je demande à rester sur le côté, position dans laquelle elle m’a installée avec Mr l’Amoureux, pour aider le bébé à se retourner, car j’étais incapable de le faire moi-même, paralysée par cette péridurale.

Maintenant, je peux bouger. Je sens, de plus en plus mon corps et ce qui s’y passe. On tente sur le côté mais ça semble inefficace et elle me demande de me mettre sur le dos en s’excusant car ce n’est pas ce que je voulais. Je suis déçue mais j’ai aussi envie que ça avance. Et encore une fois, je raye mentalement une des lignes de mon projet de naissance. Je lui dis qu’on aura essayé. Très sommairement mais je l’aurai au moins fait. Et puis, autant la position libre avait tout son sens avec le physio, autant avec cette putain de péri, j’en ressens moins le besoin…

C’est reparti, après quelques poussées sonorisées non concluantes, je bloque ma respiration après l’inspiration et la poussée semble beaucoup plus efficace. Elle me dit que c’est super au bout d’un moment et je donne tout. Mais sur les contractions alors qu’il faudrait idéalement pousser 3 fois, après la première je suis épuisée et je n’ai envie que d’une pause, j’ai besoin de temps pour reprendre mon souffle, je sens la deuxième moins efficace quant à la troisième, quand j’arrive jusque là, je sens qu’elle n’est là que pour décorer…

Le temps avance, je ne sens jamais le bébé descendre. Elle me dit qu’il est encore haut, qu’il faut se faire confiance mais ne me dis pas « aie confiance » et je dois me reformuler mentalement les phrases que j’aimerais entendre pour me motiver. Cela me demande beaucoup d’énergie mais je le fais. Mr l’Amoureux me guide et m’aide. J’essaye de puiser en lui la force et l’énergie que je n’ai définitivement plus…

6h40. Pause. Elle s’excuse mais cela fait 30 minutes et le bébé est encore bien haut. Il va falloir appeler le docteur. Je le savais. J’ai juste besoin qu’on m’aide et je n’émets aucune contestation. J’ai juste un sentiment un peu honteux. Il savait mon projet, il était d’accord pour attendre et finalement on l’appelle. Heureusement, il est là. Il entre et se présente. Il est exactement comme je l’avais décrit à l’Amoureux plus tôt. Il est calme, il observe la poussée, il laisse la sage-femme faire et prend beaucoup de recul. Il est entrain d’analyser la situation avec précision. Il demande un appareil à échographie pour confirmer ou non la tête qui regarde vers le haut. A peine a-t-il posé l’appareil qu’il déclare que la tête est bien positionnée. Je suis soulagée. Mais alors pourquoi c’est si long ? Il enchaîne vite en disant que la tête regarde bien vers le bas mais qu’elle n’est pas dans l’axe. Il me laisse pousser encore. La sage-femme dit que c’est super à chaque poussée. Je donne tout. J’ai mal mais j’ai mal… et je ne sens jamais ce bébé descendre, il est complètement coincé sur ce col depuis le début. Je me demande si je le sentirai un jour. De mauvaises images me traversent la tête à ce moment-là… Elle me dit qu’elle « voit ses petites cheveux bruns » au milieu d’une poussée. Je m’arrête instantanément et je pleure. Il a des cheveux… je ne m’y attendais pas. Il y a vraiment un bébé là-dedans ? J’étais prête à ne plus y croire…

Le gynéco observe toujours calmement puis, ne voyant pas la situation se débloquer, parle de la ventouse. La sage-femme est navrée. Ok. J’ai compris que c’était ma marque de fabrique. Mes bébés ne savent pas sortir tous seuls. Pas pour les mêmes raisons. Mais le même instrument qu’il y a 4 ans… Je ne cède pas à la panique. Je me dis que ça va m’aider car je ne sais plus à quoi me raccrocher. Je me rappelle que ça avait été rapide et pas plus douloureux pour Zoey. J’estime qu’on peut y aller sans problème. Je me retourne vers l’Amoureux et lui dis « il faut que le bébé sorte ! ». « Oui. »

La ventouse est installée. Je leur dis que je sens tout… On s’y remet, coachée par la sage-femme, le gynéco avec la ventouse, l’auxiliaire qui me maintient et l’Amoureux qui ne dit rien mais qui commence à se demander si ça va se terminer… Il faut pousser, recommencer, c’est long. 5. 10. 15. 20. Plus de 20 minutes de poussée ventousée à la tête du bébé. La ventouse lâche une fois, deux fois. Je sens tout. C’est désagréable, douloureux, long. La longueur de cet accouchement me tiendra jusqu’à la fin. Pas une heure ne s’est passée sans répit. Sans douleur. L’ocytocine est loin. Je pousse parce qu’il faut sans avoir cette envie irrépressible que je m’étais promis d’attendre.

Le gynéco me donne des conseils sur la position, il est rassurant. Moi qui redoutais son arrivée, je le trouve top. Il explique tout, il est posé, il me laisse ma chance. Je vois qu’il a tout pris en compte. Qu’il va où il faut. Il est sage. Cela me réconforte d’une certaine manière. Il me demande de l’écouter. Je lui dis que j’ai du mal à le regarder car je mets mon énergie ailleurs mais que j’écoute. Il me guide.

J’ai les yeux fermés, je suis dans ma bulle, je me concentre. Je ne lâche rien. D’autres mots et images me passent par la tête. Spatules, césarienne, mort. Je ne dis rien, je douille, je donne tout. Je me demande si ma tête ne va pas exploser tant je retiens mon souffle, si mon périnée ne va pas se faire la malle et si le bébé va finir par sortir. Le suspense est insoutenable, le temps est distordu, cette grossesse est sans fin.

30 juin. 7h. Les premiers rayons de soleil entrent par la fenêtre.

La suite demain 😉

8 comments

  1. Gwen C. says:

    Dur dur… On ressent ta souffrance et ta déception de barrer une à une les lignes de ton projet de naissance… Je suppose je demain, nous aurons la délivrance, la naissance de Harry ❤

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