La naissance d’Harry #4 la péridurale

(Épisodes #1 #2 #3) 2h. Je tremble de tout mon corps. 7. C’est trop. Il y a un problème. C’est la phrase qui résonne dans ma tête. Pourquoi il ne descend pas comme dans un toboggan ? On me l’avait promis. On me l’avait vanté. On me l’avait vendu. Tout est différent. J’atteins la limite de la douleur et de la fatigue. Au fond de moi, je sais qu’il reste de nombreuses heures. La sage-femme me dit que ça peut se débloquer d’une minute à l’autre. Non. Il y a un problème, je souffle. Je connais mon corps. J’ai déjà accouché. J’ai déjà accouché sans péridurale. Ce n’était pas comme ça. Cette poussée si douloureuse sur mon col qui ne cède pas devient vicieuse. Il n’y a plus de plaisir dans cet effort vain. Et surtout. J’en veux au bébé. Je pleure. Je ne comprends pas pourquoi il ne prend pas le chemin le plus court. Et ce sentiment me submerge. Je pleure encore. C’en est trop et je demande la péridurale dans un rideau de larmes.

Mr l’Amoureux a une tête dépitée. Elle, elle pense que je craque au mauvais moment et essaye de me faire continuer en me proposant de rompre la poche des eaux. Non. J’ai trop mal. Je sais ce qui se passe après et surtout je sais qu’il y a un problème. Je ne veux plus en vouloir à mon bébé. Je veux être libérée et sereine. Le moment est si intense. J’ai peur de mon corps et de cette douleur, malgré toute ma préparation, il y a une inquiétude qui me dépasse et prend le dessus. Elle m’explique qu’elle peut appeler l’anesthésiste mais me demande si je ne vais pas regretter le lendemain. Que ce n’était pas mon projet. Je veux savoir s’il viendra de suite et elle confirme. Je me rappelle de les regarder tous les 2, leur dépit dégouline sur leur visage. Ils pensent que je craque. Moi, je suis forte et moi, je sais. Je sais que je l’ai déjà fait. Je sais que là, plus aucune des conditions n’est plus réunie.

Il y a cette attente sans fin qui a grignoté mon moral, il y a cette nuit chaude qui avance sans montre, il y a cette douleur atroce qui n’a rien à voir avec mes souvenirs. Il y a ce sentiment amer que je veux noyer dans l’analgésique. Il y a cette naissance qui va encore prendre des heures ! Il y a cette déception si grande au fond de moi mais qui rivalise avec ce sentiment que j’ai tout donné et que quelque chose de supérieur bloque.

Je leur dis « je ne serai pas déçue, c’est ma décision, j’ai tout fait pour passer au-dessus. Il faut que je m’écoute, c’est mon corps et je ne veux pas aller trop loin dans un faux dépassement de moi. J’ai mal. Je l’ai déjà fait et ce n’était pas comme ça. Quelque chose ne va pas et je veux le soulager. Je veux la péridurale et c’est sûr. »

Elle quitte la pièce. Je regarde mon amoureux. Je lui demande s’il est déçu. Jamais. Il est surpris par la durée et la douleur. Et il comprend.

Elle revient. On s’installe et elle nous briefe sur la possibilité que l’anesthésiste soit de mauvais poil et qu’il ne faut pas lui dire que nous sommes à 7…

J’attends la délivrance. Les minutes sont longues, j’ai l’impression que cela dure des heures. Les contractions sont douloureuses et je me contrôle pour ne pas crier alors que nous sommes 4 dans cette salle. Nous restons ici mais « maintenant les choses vont être beaucoup plus médicalisées ». Adieu la robe, bonjour la blouse bleue. Je m’en fous. C’est bizarre mais je sens que je passe au-dessus sans difficulté. Même l’amoureux a le droit à sa charlotte et à sa blouse le temps des piqures. Dr Mamour. ♡ Je souris entre deux contractions.

Première piqûre pour anesthésier le dos. Ça picote, c’est froid, c’est étrange. Puis, pose de la péri. Tout se passe bien. Le silence est roi entre mes contractions. L’anesthésiste est discret et efficace. Il sort, sans plus de commentaire. On m’aide à m’allonger. Mes jambes s’engourdissent et je commence à perdre leur sensation des genoux à la poitrine. Tellement bizarre, je me sens molle et je tremble à nouveau de tout mon corps sans pouvoir me contrôler. Je suis à 8. Elle dit que ça va aller vite maintenant, que je peux me reposer un peu. Elle me propose une couverture et je m’emmitoufle dedans. Je n’ai plus le contrôle de mon corps. C’est tellement différent de ce que j’ai vécu il y a quelques minutes. Mais je sais que je ne regretterai pas. Il n’y a plus d’amertume, juste de l’attente.

Cela fait 11h que cela a commencé, pour Zoey en 12h tout était plié. Je sais pertinemment que ça va durer bien plus longtemps. C’est comme ça, je suis persuadée que je ne me trompe pas car si mon corps me trompe, moi je le connais et même si j’ai perdu confiance en cet accouchement, je suis à son écoute et je n’oublie pas tout ce que j’ai pu lire ou apprendre ces derniers mois, je n’oublie pas mon ressenti, je n’oublie pas que c’est moi qui accouche et que même si j’ai l’impression de ne rien maîtriser, je ne me suis jamais autant connue. Quelle fierté. J’ai tout tenté et de ça, je n’aurai aucun regret. Je suis allée tellement loin et tellement haut.

2h19, la péri fait effet et Mr l’Amoureux fait un selfie à la baby boom. On se marre. Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas ri.

 ùonOn s’allonge sur le lit. Il m’enlace car je suis glacée. Je décharge. Je sens bien les contractions monter mais la douleur est apaisée. Il y a, à mon bras, un tensiomètre qui prend d’abord ma tension toutes les 5 puis toutes les 10 minutes. Ça fait mal ce truc et c’est pénible. J’ai des fils qui me relient de partout : antibiotiques, péri, monito, rythme cardiaque. L’amoureux s’endort dans mon dos. Moi, je regarde un peu mon téléphone et j’écris à ma copine sage-femme qui dort.

2h24. « J’étais à 7. Y a 30 minutes. Hyper douloureux elle voulait me percer la poche mais non je sais que c’est pire mais je suis aussi crevée… Je sens qu’il y a un truc qui ne va pas en fait… y a trop de barrière depuis le début… Du coup j’ai demandé la péri. J’ai bien réfléchi mais je ne le sentais pas sans. Je crois que j’aurais trop douillé sans. Les feux ne sont pas au vert, les conditions non plus… je suis soulagée de finir comme ça. »

Mr l’Amoureux dort. Moi je trouve quelques phases de répit très courtes mais, très vite, j’ai mal au rein gauche. Je sens la douleur au col qui revient. Je l’appelle et elle me propose une dose supplémentaire. C’est ça en fait la péridurale ? Je passe au-dessus de ma déception. Elle me dit « je ne sais pas à quelle heure vous voulez qu’il arrive ce bébé mais il va falloir bientôt pousser ». Je suis à 10.

4h02 « Ça soulage mais j’ai encore tellement mal au col. »

La sage-femme revient et me dit qu’à 6h on s’installera pour pousser. Ah bon c’est comme ça que ça marche ? On te dit quand tu dois pousser. Je ne dis rien car je veux que ça se termine mais je trouve ça tellement étrange… Elle me fait essayer plusieurs fois, me dit que je ne pousse pas, que je fais l’inverse, que je contracte. Que la péridurale est sûrement encore trop dosée et qu’elle m’empêche sûrement d’être efficace. Moi, je suis complètement perdue. Je me rappelle que la poussée avait été difficile mais que j’avais quand même trouvé le truc. Là, je ne sais plus, mon corps ne sait plus, il bloque, pourtant, j’ai mal. Elle me demande si mon premier accouchement s’était bien passé. « Absolument », je réponds, comment aurais-je réussi sans péri sinon ? Mais je lui dis qu’en effet, la poussée avait été le moment le plus difficile. Elle me dit que parfois les femmes bloquent à la mémoire de cette douleur.

Du coup, je cogite, je réfléchis, je pleure. Un mélange de tout ce qu’il ne faut pas faire. Je me suis sentie seule au pied d’une montagne avec la notice perdue pour grimper. Elle me dit qu’une fois que je trouverai, ça se débloquera. Qu’il faut pousser comme lorsqu’on est constipé. Ce qui ne m’aide pas car même si je sais bien que le périnée englobe dans son hamac une large zone, je sais qu’il faut pousser où est le bébé. Je me sens vraiment perdue. Elle sort.

5h17 « A priori je bloque le périnée et j’arrive pas à pousser. Mais le bébé n’est pas encore engagé en bas… ».

Sur certaines contractions, je tente de pousser, je ne sais pas si c’est mieux, je suis dans un brouillard mais pas le même que précédemment. Où est partie mon ocytocine ?

Vous voyez les heures passer et vous êtes étonnés ? Moi aussi. Et pourtant, au fond de moi je sais que ce bébé naîtra au lever du soleil. Vers 6-7h. Elle, elle ne le sait pas et ne le comprend pas mais je ne lui dis rien. J’ai peur de la décourager… Je trouve qu’elle perd un peu patience depuis la pose de la péridurale. Je n’ai pourtant pas l’impression d’être pénible… J’imagine qu’elle est fatiguée et peut-être inquiète mais alors que moi j’ai juste besoin de douceur et d’encouragement. Finalement, c’était peut-être ça que j’aurais dû écrire dans mon projet de naissance ? Je le savais que cette connexion était essentielle et je ne l’ai pas trouvée. Elena, je pense à toi et tu me manques.

La suite demain 😉

10 comments

  1. Comateens says:

    Ah la la, j’attends le dénouement avec impatience ! Quelle expérience et quelle épreuve ! Tu as été drôlement courageuse. Mon 2e accouchement a été super rapide, le contraire de toi mais je me suis sentie perdue également, peu accompagnée et paniquée avec toute cette douleur. Hâte de te lire pour la suite de cette aventure !

    • julycocoon says:

      C’est vrai que ce n’est pas que la durée qui a eu cet effet de panique… il y a tous les autres ingrédients (ou presque) qui ne collaient pas et lutter seule à ses limites…

  2. Livteapaper says:

    Effectivement j’ai l’impression que cette fois ci le lien avec la sage femme n’était pas aidant… Ça n’a pas du aider sans doute.. Mais j’admire ta confiance en toi et ta force de caractère car avoir une telle capacité d’écoute de soi n’est vraiment pas donné à tout le monde 💪

    • julycocoon says:

      Oui elle a fait plein de choses chouette mais à aussi d’autres commentaires trop déconcertants vu mon projet et mes besoins… Mais c’est comme ça… pour la confiance, je l’ai travaillée ! 🙂

  3. Nanakie says:

    Oooooh tu mets les mots sur MON accouchement (alors que c’est le tiens…). Ce sentiment que « quelque chose bloque, il y a un problème que mon corps n’arrive pas à surmonter » et que malgré toute ma bonne volonté et mes envies, je suis dépassée… Cette péridurale comme une option B, certes pas celle qu’on avait envisagée mais celle qui s’impose à ce moment-là parce qu’elle reste la bonne chose pour la suite… et les heures qui passent ensuite, sans qu’il ne se passe rien : mais pourquoi ? La douleur qui persiste, terrible amie/ennemie, dont on n’apas l’impression qu’elle soit utile…
    Et la sage-femme, certes sympathique, mais pas cocoonante, pas maternante, pas de lien intime qui se créer entre nous à un moment pourtant éminemment important dans une vie.
    Tu remue tellement d’émotions en moi, je suis projetée 2 ans auparavant…

    hâte de lire le dénouement !

  4. Élodie F says:

    Tu as été vraiment très courageuse. Mais je comprends ce que tu dis quand tu parles du lien avec la sage femme. Pour mon deuxième gauche et on ne m’à pas écoutée je savais que Juliette arrivait et qu’elle poussait quand je lui ai dit. On m’a un petit peu ri au nez on me disant qu’avec un déclenchement ça ne pouvait pas être aussi rapide. Mais moi je savais qu’elle arrivait, la péridurale ne faisait pas effet (j’avais encore les genoux relevés et mes jambes tenaient très bien). Et quand je lui ai dit que ça poussait que je sentais bébé arrivé et qu’elle a soulevé le drap, à sa tête j’ai compris que je ne me trompais pas. Du coup branle-bas de combat, elle a installé le morceau qui manquait à la table, essaye d’installer un champ stérile et de mettre ses gants. Qu’elle n’a pas eu le temps de mettre’ car il a fallut qu’elle attrape Juliette. Heureusement une fois que bébé est dans les bras on oublie mais je n’ai pas compris qu’elle n’en m’ait pas écouté et pris en compte… ça a été tellement différent de mon premier accouchement mais ma petite Juliette est un super bébé ;). Et j’ai hâte de connaître la suite et l’arrivée sur terre d’Harry ❤️

    • julycocoon says:

      Wooow elle est arrivée comme une fleur !! Et en effet, on sait ce genre de chose, évidemment quand même !! Il faut que j’écrive la suite… j’en suis restée là pour le moment…

  5. Girlinduplex says:

    Oh la la la j’ai mes petites larmes au bord des yeux tellement ton courage et ta force m i pressionne. Moi qui avait pris la peri des le début je l’ai regretté car je ne sentais pas grand chose du process et on est parti sur une cesarienne d urgence. Temporiser la péri aurait été peut-être un bon plan… j’ai hate de lire la suite 😊

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