14 mois et 6 jours : ta dernière tétée

Mon bébé,

Depuis ta naissance, j’ai vécu avec passion mon entrée dans la maternité, ma naissance de maman, la naissance de notre famille avec ton papa, ma nouvelle vie de femme. Un chapitre ouvert dans un livre qui ne se refermera jamais. Un chapitre qui m’a complètement changée. C’est comme si on avait pris mes tripes et qu’on les avait posées sur la table. Sans anesthésie. J’ai eu mal mais j’ai aimé ce que j’en ai retiré. J’ai aimé aller loin dans la douleur de mon corps pour te découvrir, j’ai aimé repousser les limites de mon esprit, j’ai aimé rebâtir ce que je pensais acquis, j’ai aimé découvrir qui j’étais dans ce nouveau corps, j’ai aimé retomber en enfance. J’ai aimé me construire à tes côtés. J’ai passé 9 mois dans le brouillard. La fatigue, les douleurs, les souvenirs, le goût amère mais surtout ta pureté qui, d’un coup de cil, efface le mal. 

Je repense tellement à tes premières minutes, tu es arrivée en tendant les bras vers la vie, en nous dévoilant ton secret seulement quand nous l’avons voulu. Tu te révèles être celle que j’attendais en grandissant. Je savais que tu serais énergique, que nous ne t’oublierions pas dans un coin, que tu serais gourmette. Les premiers jours tu as caché ton jeu. Au fil des mois, ces trois traits, que j’avais en tête en te sentant remuée, explosent de vérité ! Le lien magique d’une maman et de son bébé ! Dernièrement, tu joues avec ton nombril. Si tu savais que ton cordon de vie à été coupé pour que tu vives ta vie, tu rigolerais ! Ce cordon entre toi et moi, il est pourtant là…

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J+1, une de nos toutes premières tétées 

Tes premières secondes, ta première nuit, toi dans mes bras. Tu étais si calme. Tu dormais paisiblement. Tu ne cherchais pas à manger et j’étais surprise. Je te faisais confiance mais j’avais cette petite appréhension… et si… 

Et si tu ne tétais pas ? Il faudrait couper court à nos corps à corps ? Cette effusion, j’en ai eu un besoin vital. Tellement fort que j’aurais pu gravir des montagnes, encore. J’étais prête à tous les sacrifices pour te nourrir des mois. Après avoir senti cette envie d’allaiter, après m’être dit qu’on arrêterait pour que je retourne travailler, après avoir repoussé aux 6 mois recommandés, puis à tes un an, je me suis vue aller vers un allaitement naturel. Ceux qu’on appelle « longs ». Ceux qui ne prennent fin que quand les bébés l’ont décidé. Pas de sevrage. Pas de rupture. Pas de frustration.

L’or blanc. C’est comme ça que je l’ai vu entre nous. Continuer de te nourrir après les 9 mois au creux de moi. Ou personne ne se mêle de ce qu’une maman donne à son enfant. Te donner tout. À boire, à manger et surtout de l’amour infini. Je ne voyais plus de fin. Que ceux que ça gêne, nous laissent en paix. Tu tétais en privé. Sans regard, sans pression, sans gêne. 

Dans mes meilleurs souvenirs, il y a les tétées dans le bain, les tétées à califourchon, les tétées pour te soigner et t’apaiser. Les tétées vitales et animales, les tétées câlins et les tétées surprises… Je les garde en mémoire, je les chérie, je les jalouse même !

Puis, de toi-même, tu as commencé à sauter les tétées, une à une. Tu as d’abord dit au revoir au goûter,  puis au diner. Le seul lien qui maintenait, jusqu’à peu, nos peau à peau en vie était tes réveils matinaux. Pas de sevrage en tant que tel mais tu avais subi mon retour au travail à 3 mois et dix jours. Mes coups de mou, de fatigue et d’épuisement de ces 9 premiers mois de vie, à faire des réserves pour nos moments de séparation. Je t’ai tout donné, de mon temps à mon sommeil, de mes réserves de chocolat à mon énergie. J’en suis sortie grandie et assoiffée de toi et de nos moments à 2, comme une compensation, comme une récompense, comme un besoin inassouvi. Rassure toi, toutes les réserves de chocolat ont déjà repris leurs droits.

Mais j’ai bien senti, le 23 septembre dernier, que quelque chose se tramait… Tu nous as laissé 2 semaines et demi pour dire définitivement au revoir à nos petits moments. Une dernière fois, ce mercredi 12 octobre, je t’ai portée dans mes bras au saut du lit. Je me suis installée dans la pénombre de ta chambre, pas dans mon lit comme nous en avions l’habitude. Tu m’as regardée, tu souriais, je t’ai bercée doucement sur notre chaise à bascules, que tu aimes tant. Tu as tété quelques secondes. Tu t’es relevée et c’était terminée ! Dans une dernière étreinte, tu as tendu tes bras vers moi. Je t’ai proposé l’autre côté, tu as dit « non ». Un non franc et symbolique, doux et sûr de lui, à 14 mois et 6 jours. Je ne t’ai pas forcée, je n’ai rien tenté, je t’ai laissée. C’était la fin. Je l’ai su instantanément.

Ton papa m’a croisée dans la salle de bain. Je lui ai raconté. Il a vu ma nostalgie, qu’il a appelé tristesse. Il n’avait sûrement pas tord. Il n’a pas fait de commentaires. Il n’y en avait pas à faire. Il m’a juste serrée dans ses bras forts et doux. Il m’a aidée à dire au revoir à la maternité, au sens premier. A cette première maternité qui se termine sur tes premiers pas qui te portent vers une nouvelle vie. Sur le chapitre doux de notre allaitement qui se referme. Sur ton indépendance vers laquelle je vais continuer de t’accompagner si fort…

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25 comments

  1. Elodie F says:

    Magnifique texte ! J’appréhende le moment où Alice prendra son envol aussi (j’ai encore un peu de temps je l’espère et je crois). Tu as tout donné à ta jolie Zoey et quand on voit comment elle évolue et comment elle a grandit je pense que tu peux etre vraiment fière de toi. J’aime à croire que ce don de soi construit une belle complicité entre la maman et son bébé. Et je pense qu’ils sentent qu’on donne tout malgré la fatigue et l’organisation que ça nous oblige à adopter. Mais en même temps ça amène tellement de bonheur. En tout cas je te tire mon chapeau pour cette belle histoire d’allaitement et je te souhaite pleins de bonheur avec ta petite princesse. Peut être que je repasserai lire ton texte quand ma puce aura également décidée d’arrêter car déjà maintenant il fait écho à ce que je ressens.

  2. Léna says:

    Bonjour,
    Ton témoignage m’émeut aux larmes parce que ma puce à 9 mois et que je n’imagine pas la sevrer un jour, parce que 9 mois c’est l’âge où j’ai sevré mon grand.
    Parce qu’au fil du temps, des tétées qu’on peut différer, c’est devenu un acte intime. Pas par pudeur, je n’ai jamais été embêtée pour allaiter en public un nourrisson mais par égoïsme, j’aime nos têtes à têtes au calme dans l’obscurité, je ne veux pas partager ces moments là.
    Alors bien sûr un jour ça s’arrêtera mais d’ici là….

    • julycocoon says:

      Tu vois je n’ai justement pas sevré Zoey ! Elle a pris cette liberté toute seule ! Et je n’imaginais rien d’autre ! D’ici là… profite à fond !!!

  3. Romy says:

    Magnifique… Je ne suis pas pressée de vivre cette dernière tétée… Mes préférées sont aussi celle dans la pénombre et encore plus dans le lit toutes les deux allongées. J’espère pouvoir durer autant que toi. Mais que lui donne tu en remplacement ? Le matin, le soir ? et au gouter ?

    • julycocoon says:

      Oh je n’étais pas pressée non plus !!! Elle prend un biberon de lait de croissance bio le matin depuis peu, le soir depuis la rentrée et au goûter elle prend un yaourt depuis un bon moment 🙂 du coup les laitages ont pris le relais à chaque tétées arrêtée avec un temps entre pour être sûre que c’était vraiment définitif !

  4. Livteapaper says:

    Qu’il est beau ce texte, et quel chemin parcouru pour toi, vers ce sevrage naturel et si doux.
    Merci pour ton témoignage, qui m’aide moi aussi à faire mon chemin vis à vis de l’allaitement, qui me semble d plus en plus une option possible. Belle semaine à toi

  5. Emmanuelle says:

    Me faire sortir un mouchoir en pleine pause un lundi après-midi : quelle idée !
    Nous avons dépassé l’année de tétée… qui l’eu cru ! J’étais sur 3 mois, et j’ai lu, notamment ici, que même après la reprise du boulot c’était possible : la preuve 🙂
    Je ne sais pas qui d’elle ou de moi décidera d’arrêter en 1er, mais en attendant, on caline.
    Merci pour ces jolis mots, j’y repenserai le moment venu, c’est certain…

  6. Charlotte aux petits pois says:

    J’en ai des frissons ! Quelle belle histoire et quellle belle aventure à vous deux. Le lien créé ne disparaît jamais surtout quand le sevrage se fait en douceur et avec amour comme ici. Tu lui as donné tout ce dont elle a jugé avoir besoin, et c’est tout ce qui compte. Bravo. 😘

    • julycocoon says:

      Merci Charlotte !! Je pense aussi que ça a renforcé nos liens ! En tout cas le fait d’arrêter de téter ne l’a pas du tout éloignée de moi ! 😉

    • julycocoon says:

      Oui c’est vrai ça s’est terminé progressivement ! Zoey est en général sure de ses choix mais elle est aussi très douce ! Ce que tu me dis fais assez écho !

  7. Stéphanie says:

    Magnifique texte qui m’a complétement touché. J’en ai les larmes aux yeux. J’allaite ma fille de 4 mois et j’appréhende déjà la fin de ce moment de complicité. J’espère qu’il se fera en douceur, tout comme le tien.

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